Alors que la campagne des législatives battait son plein et que le taux de chômage atteignait des records en flirtant avec les 10%, la question de la transition énergétique, certes appelée de ses vœux par le nouveau gouvernement, est quelque peu passée au second plan de la scène politique. L’absentéisme des Grands de ce monde (USA, Russie, Chine, Allemagne) au Sommet « Rio + 20 » est un signal encore plus inquiétant quant à la véritable volonté d’infléchir, si ce n’est de repenser le modèle de développement à l’échelle planétaire.


Parc éolien en Basse-Saxe

Quelles énergies renouvelables pour demain ?

On ose pourtant espérer que le développement des énergies renouvelables reste bien une priorité de nos élus, en particulier dans le Médoc. Même si l’on sent bien que l’éolien n’a pas le vent en poupe (cf. billet « En territoire médocain, l’éolien ne pousse pas bien »). En abordant cette question avec certains d’entre eux, on constate une certaine méfiance à voir se développer sur le territoire des parcs éoliens qu’ils imaginent très denses (300 mâts ou plus) et conduisant à une forme de « pollution paysagère » de nature à effrayer les touristes. Le scepticisme est aussi de mise quant au caractère venté du littoral aquitain. Ils s’interrogent sur ce dévolu que jettent les promoteurs de l’éolien sur un territoire sensible qu’il convient de préserver.

L’hydrolien ou l’éolien offshore obtiennent plus facilement leurs faveurs. Le deuxième appel d’offres national en matière d’éolien offshore devrait ainsi concerner les côtes du Sud-Ouest de la France. Et le comité stratégique pour le Port du Verdon planche déjà sur la mise en place de cinq éoliennes tests à l’embouchure de l’estuaire de la Gironde. Les opposants au projet se recrutent plutôt sur la rive charentaise.

Plage de Carcans Sud

La stratégie énergétique française reste une prérogative du pouvoir central

Pour Pascale Got, députée fraîchement réélue du Médoc, les décisions relatives à la politique énergétique du territoire sont d’abord du ressort de l’Etat et de la Région. La politique de développement des énergies renouvelables doit être pensée de manière intégrée avant d’être déclinée sur les territoires, en tenant compte des spécificités respectives de ces derniers.

Qui plus est, la politique de développement des énergies renouvelables doit s’appuyer sur une véritable filière industrielle permettant aux acteurs locaux de bénéficier de retombées économiques sur l’ensemble de la chaîne de production (réalisation de turbines, construction de pièces composites). Une politique cohérente, incitative, pour une filière industrielle encadrée et résolument tournée vers les technologies de pointe et la professionnalisation sont les garanties du succès.

Ce n’est pas tant la recherche d’implantations qui handicape le développement des énergies renouvelables en Médoc que l’ordre dispersé avec lequel des entreprises de toutes sortes viennent solliciter les élus du Médoc. La pertinence de leurs offres est loin d’être toujours vérifiée, contrairement à leur intérêt pour les deniers publics. Une multitude de petits prestataires spéculent sur le manque de compétences techniques des élus pour tenter de leur vendre des services plus ou moins adaptés.

C’est ce manque de professionnalisme qui inquiéterait les élus, plus que la crainte de devoir faire face au syndrome NIMBY chez leurs administrés. Ainsi les communes de Naujac, du Verdon et de Pauillac sont-elles déjà déclarées ZDE (Zone de Développement Eolien). La commune d’Hourtin n’a en revanche pas été retenue par l’Etat.

Une question de volontés ?

La volonté de développer les ENR est bien réelle, que ce soit au plan local, au niveau des entreprises, ou encore à celui de l’Etat. Le moratoire sur les subventions à la filière photovoltaïque décrété par le gouvernement Fillon au début de 2011, quelques jours seulement avant la catastrophe de Fukushima, a entériné le constat d’une politique qui n’a permis à aucun projet significatif d’émerger. L’Etat, qui dispose de très peu de terres agraires préfère encourager le photovoltaïque sur les toits (plan toits bleus en Aquitaine). Les élus du Médoc sont eux aussi plus favorables au photovoltaïque qu’à l’éolien. Selon Pascale Got, la question des énergies renouvelables est un enjeu planétaire. La méthodologie doit être préparée et validée au plan national si ce n’est européen. A cet égard, le Grenelle de l’Environnement a pêché par excès d’affichage et manque de volonté réelle. Une vraie politique de développement des filières industrielles ENR n’a pas été mise sur pied. Les entreprises s’installent où bon leur semble et il est malhonnête de dire que ce sont les territoires qui n’ont pas fait le choix des énergies renouvelables.

Les industriels, de leur côté, se tiennent prêts à traduire la volonté affichée en réalité opérationnelle mais face à un marché restreint et dominé par d’autres Européens tels que les Espagnols ou les Allemands pour ce qui concerne l’éolien, il faut proposer des produits qui se démarquent. Innovation rime ici plus que jamais avec compétitivité, notamment pour ce qui est des éléments de structure et de la manière d’intégrer les nouveaux sites de production au réseau.
Au bord de la mer du Nord

Poids réglementaire et urgence planétaire

Le même Etat qui légifère en matière d’énergies renouvelables est aussi celui qui dispose méthodiquement les obstacles sur leur parcours. Ainsi, des territoires comme le Médoc sont plus sujets que d’autres au carcan réglementaire : AOC, Loi littorale, Classification Natura 2000, ZNIEF… La réglementation est de plus en plus lourde et contraignante. La mécanique est enrayée alors même que le coût de l’énergie ne fait que croître. Au Port du Verdon, l’espace potentiellement utilisable pour de l’énergie éolienne s’étend sur quelque 900 ha mais les ¾ sont en zone protégée. Sans parler des élus charentais qui refusent que leur vue sur l’autre rive de l’estuaire soit polluée par des parcs éoliens.

L’Etat français a tout intérêt à assumer son rôle d’arbitre et à impulser le développement des énergies renouvelables pour deux raisons essentielles. D’abord parce que le poids de la dépendance énergétique est un facteur aggravant de la crise économique que traverse la France actuellement. Ensuite parce que nous savons tous qu’il faut désormais croire ce que nous savons, que les déséquilibres écologiques se multiplient, que l’épuisement des énergies fossiles comme le réchauffement climatiques ne sont plus seulement des spéculations de scientifiques alarmistes mais bien une épée de Damoclès pour la planète entière. Le Président français, lui, a fait le voyage de Rio + 20. Gageons que derrière ce symbole, c’est un engagement sincère et un véritable exemple que la France souhaite proposer au reste du monde sur la voie du développement durable.