un_panier_a_10____320x200_.jpgParmi les comportements responsables visant à épargner les ressources naturelles, celui du choix d’une alimentation de proximité rencontre un succès grandissant, avec le développement des AMAP : Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne.
L’objectif de ces associations est avant tout de préserver l’existence et la continuité des fermes de proximité dans une logique d’agriculture durable, c'est-à-dire une agriculture paysanne, socialement équitable et écologiquement saine.

Le retour des circuits courts

De fait, face aux poids lourds de l’agriculture intensive et de la grande distribution, les AMAP encouragent le recours aux « circuits courts » qui permettent aux producteurs de vendre directement le fruit de leur travail à un nombre adapté de consommateurs, à un prix ni trop bas pour eux, ni trop élevé pour leurs clients. Les acheteurs sont par ailleurs pleinement informés de l’origine des produits qu’ils consomment et contribuent activement à la sauvegarde et au développement de l’activité agricole locale, dans le sens d’un développement durable.

Une AMAP organise le partenariat de proximité entre un groupe de consommateurs et un ou plusieurs producteurs locaux de denrées alimentaires. Celui-ci est formalisé par un contrat dans lequel chaque consommateur achète en début de saison une part de la production (légumes, viande, poisson, fromage, œufs, pain…) qui lui est livré périodiquement à un coût constant. Le producteur s’engage de son côté à fournir des produits de qualité dans le respect de la charte des AMAP.



Quelques chiffres en Aquitaine et en France
amap_1.jpg Une évaluation du nombre d’AMAP en Aquitaine établie en novembre 2011 recense 141 AMAP auxquelles s’ajoutent entre 21 et 45 « groupes paniers » (qui distribuent des paniers de légumes sans adhérer à la charte des AMAP). Ce sont pas moins de 8200 familles et 380 producteurs qui adhèrent à ces 141 AMAP. Les effectifs les plus importants étant situés en Gironde (50 AMAP) et dans le Béarn (44). Cette même estimation montre qu’en Aquitaine, chaque AMAP regroupe en moyenne 58 familles et 2,7 producteurs. Ceux-ci produisent majoritairement des produits bio (légumes, fruits, œufs, viande, miel…), avec ou sans label.

En considérant qu’il y a en moyenne 3 personnes par famille, on observe que 0,76 % de la population d’Aquitaine s’approvisionne via une AMAP et on atteint le taux de 1% si on y ajoute les groupes paniers, soit autour de 30 000 personnes pour une population régionale de 3 216 000 habitants.

Au plan national, il y avait en 2010 plus de 1200 AMAP en France représentant 50 000 familles et près de 200 000 consommateurs, pour un chiffre d’affaires estimé à 36 millions d’euros. Avec 141 AMAP, l’Aquitaine arrive en 4e position, derrière Rhône-Alpes (214), l’Ile de France (180) et PACA (152).(source : MIRAMAP). Notons qu’au Japon, un foyer sur 4 participe à un Teikei (AMAP japonaise), ce qui représentait 16 millions de personnes en 1993.

La courbe de l’évolution du nombre d’AMAP en Aquitaine montre une croissance régulière depuis 2004 mais avec un ralentissement depuis 2010. Les listes d’attente de consommateurs se réduisent tandis que les listes d’attente des producteurs s’allongent. Ils ne sont plus sûrs de trouver rapidement des débouchés via les AMAP, d’autant que les créations de nouvelles AMAP sont plus rares.

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Le cas de Castelamap

L’AMAP de Castelnau de Médoc, CASTELAMAP, a été créée il y a 4 ans. Elle a le statut d’association Loi 1901 avec un bureau classique et un Conseil d’administration de 14 personnes. Elle regroupe 87 familles. Sa réputation s’étend bien au-delà de la commune de Castelnau de Médoc puisque certains Amapien(ne)s habitent dans les bourgades voisines telles que Sainte-Hélène ou le Pian-Médoc. A tel point que l’association a dû un temps établir une liste d’attente. Outre les Assemblées générales statutaires et la distribution hebdomadaire des commandes, le vendredi soir, le bureau a à cœur d’organiser la vie de l’association en proposant à ses adhérents des recettes de cuisines ou des visites d’exploitations (celles des producteurs de l’AMAP, bien sûr !). La secrétaire adjointe de l’Association, Laurence, m’explique le déroulement de la distribution. Une trentaine de personnes se pressent autour de la camionnette du pêcheur et des stands pain, œufs et légumes. L’AMAP dispose de son propre local et y est garante des conditions d’hygiène. Les contrats de livraison y sont affichés. Les règlements se font par chèque, directement du consommateur au producteur, l’AMAP se contentant de jouer son rôle de mise en relation. Des listes d’émargement attestent de la récupération des commandes par les clients.

Diversité et proximité

Les livraisons de poissons, pêchés dans le Bassin d’Arcachon, ont lieu une fois par mois. Chaque client reçoit un colis de poisson selon un poids convenu mais dont il ne choisit pas la composition. Le pêcheur organise ses colis en ne rejetant aucune espèce. Il respecte la réglementation en vigueur en ce qui concerne les prises, notamment en matière de taille des poissons capturés. Le Président de Castelamap, Richard, à qui l’on doit le site web très réussi de l’association, m’indique qu’en 2008, le même pêcheur , qui vendait son poisson à la criée, n’en tirait que 30 centimes d’euros au kilo, alors que les consommateurs le retrouvaient ensuite à 7 euros/kg sur les étalages des poissonneries ! L’AMAP se défend pourtant d’être un concurrent déloyal des commerces locaux. Elle propose une alternative pour certains produits alimentaires mais pas tous. Son objectif essentiel est de favoriser les producteurs locaux.

photos_extraites_le_18.06.2010_418__320x200_.jpgAinsi, les légumes sont fournis chaque semaine par un maraîcher bio de Saint-Médard-en-Jalles. Le pain provient d’une boulangerie bio de Saint-Vivien-de-Médoc qui ravitaille également les adhérents de Castelnamap en brioche et en farine. Les œufs bio sont pondus à Sainte-Hélène. Le Médoc ne produisant guère de fruits, à part le raisin, ceux-ci arrivent du Lot-et-Garonne, les pommes sont cueillies à Camarsac et en automne et en hiver, l’AMAP propose des kiwis à ses membres. Le fromage de brebis vient du Pian, tandis que celui de chèvre est produit dans l’Entre-deux-mers. Aux livraisons hebdomadaires s’ajoutent des livraisons plus sporadiques dont les dates ne sont connues que quelques semaines à l’avance. Dans ce cas, des contrats ponctuels sont passés entre les producteurs et les consommateurs. Ils concernent les viandes de mouton, de bœuf, de veau et les merguez produites à Saint-Laurent de Médoc.

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La règle de fonctionnement de l’AMAP veut que les clients qui ne viennent pas chercher leur panier perdent leur commande. Celle-ci est offerte comme panier solidaire à la Caisse d’action sociale de la commune (CCAS) et les Restos du coeur. Les adhérents de Castelamap ont toute sorte de profils et on observe un renouvellement régulier des membres, certains jugeant notamment trop contraignant de devoir récupérer une commande chaque semaine, à un horaire qui ne leur convient plus, avec un contenu qu’ils n’ont pas choisi…

A l’instar de ce qui pourrait se produire dans le secteur de l’énergie avec un rééquilibrage du mix des sources de production, d’électricité en particulier, les AMAP reflètent sans doute la volonté d’un nombre croissant de nos concitoyens de lutter contre la concentration et l’allongement toujours plus grands des circuits de distribution des denrées alimentaires. Concentration qui a pour corollaire l’appauvrissement, voire la disparition des producteurs locaux et l’encouragement de comportements de consommation contre-nature (les fameuses cerises en hiver !), au mépris de la préservation des ressources de la planète.