La récente conférence de l’EWEA (Association Européenne de l’Energie Eolienne), qui s’est tenue à Copenhague du 16 au 19 avril, a réuni les acteurs de la filière pour un point sur le développement de l’énergie éolienne sur le vieux continent.

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En Allemagne, c’est deux fois moins cher et deux fois plus rapide !

Rude constat que celui présenté par la représentante de l’entreprise allemande JUWI : il faut plus de deux fois plus de temps en France qu’en Allemagne pour mettre en place un parc éolien, et à un coût supérieur au double !
photo par JUWI EnR

Ce verdict sévère est celui d’une étude concernant 20 projets éoliens français et 10 projets allemands situés en Rhénanie-Palatinat. Elle porte sur les temps d’enregistrement, les phases de développement et les jalons. La comparaison des différentes phases des projets a été faite en termes de durée globale ainsi qu’en heures de travail. Certaines données manquantes ont fait l’objet d’une extrapolation.

De manière classique, un projet éolien peut être découpé en 6 phases : __Etude de Pré-faisabilité -> Etude de Faisabilité -> obtention du permis de construire -> Financement -> Construction -> Exploitation__

D’emblée des obstacles apparaissent sur la route des développeurs français que ne rencontrent pas leurs homologues allemands : l’étude de préfaisabilité n’existe pas de l’autre côté du Rhin. En France, elle dure de 4 à 8 mois et permet une première discussion avec l’administration et l’élaboration d’une ZDE (Zone de Développement Eolien), pré requis imposé depuis 2007 et désormais incontournable avant qu’un parc éolien puisse être implanté.

Les maillons faibles : étude de faisabilité et permis de construire

Ce sont surtout les deux phases suivantes, étude de faisabilité et obtention du permis de construire, qui plombent littéralement les projets, en termes de durée, côté français.

En matière de faisabilité, là où il faut de un à deux ans en Allemagne pour procéder aux études environnementales – étude de l’avifaune, des chauves-souris, étude acoustique, étude paysagère, ombres – et faire une proposition d’implantation, il faut de deux à trois ans en France pour réaliser les mêmes études (auxquelles s’ajoutent une étude d’impact Natura 2000 et une évaluation de risques), obtenir l’approbation de la ZDE, mener à bien la démarche de concertation locale et finalement proposer une implantation. La répercussion financière, en termes de coûts externes additionnels peut avoisiner les 20 000 €. parc_eolien_plougin.jpg photo par JUWI EnR

Quant au permis de construire, c’est vraiment là que le bât blesse. Son obtention prend de douze à dix-huit mois en France contre trois à sept seulement en Allemagne ! L’explication donnée par JUWI est d’une part que l’Allemagne a mis en place une procédure intégrée pour la délivrance du permis de construire et le respect de la « BimSch » BundesimmisionsSchutzgestzt (loi fédérale sur la protection contre les émissions), d’autre part que la complexité des études réalisées est proportionnelle au nombre de turbines et à l’impact de la ferme éolienne sur l’environnement. Tandis qu’en France, il faut trois fois plus de temps pour voir aboutir les procédures d'octroi du permis de construire et ICPE (Installation Classée pour l’Environnement). Enquête publique, commission paysagère et/ou pour les monuments historiques… Au total, ce sont pas moins de 20 services administratifs différents qui ont leur mot à dire ! Les étapes avales du projet sont un plus longues en France en ce qui concerne le financement (procédure de connexion au réseau ERDF) et la construction qui englobe la convention de raccordement au réseau, le contrat CARD et la convention d’exploitation. Le délai supplémentaire n’excède pas 2 mois, en moyenne.

Résultat final : la durée moyenne de développement d’un projet éolien est de 2 ans et demi en Allemagne contre 6 ans et demi en France ! A supposer qu’il n’y ait pas eu de recours déposé… Car s’il y a recours, la procédure est, là encore, deux fois plus lente en France qu’en Allemagne, soit 6 ans avec un appel en première et en deuxième instance, contre trois ans au maximum en Allemagne. Avec les prolongations judiciaires, on arrive à une durée totale du projet de douze ans et demi en France, contre cinq ans et demi en Allemagne ! La durée d’exploitation est d'au moins 15 ans dans les deux cas (le tarif de rachat est fixé pour 15 ans en France et 20 ans en Allemagne.

Patience et longueur de temps… accroissent la facture de l’ouvrage !

La comparaison en termes de nombre d’heures de travail est, elle-aussi, assez éloquente. Pendant la durée moyenne de 3 ans en France et celle d’un an en Allemagne, qu’auront duré les phases amont du projet, 600 heures de travail auront été effectuées dans les deux cas. L’obtention du permis de construire aura quant à elle généré un an et demi d’efforts et 1200 heures de travail côté français contre seulement 5 mois et 800 heures côté allemand.

Enfin, les 1400 heures de travail consacrées de part et d’autres aux phases de financement et de construction se seront étalées respectivement sur deux ans en France et un an outre-Rhin. En conclusion, un projet français nécessite de 3 à 5000 heures de travail contre 2 à 2500 pour son équivalent allemand. Ce qui se traduit, en termes de coût, par une facture de 250 000 € d’un côté contre 120 000 € de l’autre !

Des perspectives de croissance en ligne avec l’existant ?
vaux_les_mouzon_photos_par_juwi.jpgphoto par JUWI EnR

Tandis que la procédure BimSch a simplifié la vie des développeurs allemands en proposant un guichet administratif unique qui leur permet d’obtenir un permis de construire encore plus rapidement, dans l’Hexagone, on constate une augmentation lente mais sûre de la durée de développement. Elle était de 6 ans en pour les projets réalisés avant 2010, elle sera de 8 ans pour ceux qui vont l’être d’ici à 2015 et de 10 ans pour ceux qui vont être réalisés entre 2012 et 2015. A cela s’ajoutent les incertitudes qui pèsent encore sur la procédure de classement ICPE. Il est vrai que l’engagement politique n’est pas tout à fait le même de part et d’autre du Rhin. Alors qu’au lendemain de la catastrophe nucléaire de Fukushima, les Allemands ont décidé de miser largement sur les énergies renouvelables au plan local, l’Etat français envisage pour sa part, dans le meilleur des cas, de ramener la part du nucléaire de 75 à 50 % dans le mix énergétique national à __l’horizon 2025…