Opération séduction à l’Hotel de Région le 27 mars dernier pour la présentation aux entreprises aquitaines du « Plan Nord » de la Province canadienne du Québec.

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En introduction de la rencontre, Michel Robitaille, Délégué général du Québec en France, a rappelé les relations privilégiées entretenues par le Québec et l’Aquitaine depuis douze ans. Un rapprochement qui s’est notamment traduit par 4 plans d’action et un 5ème en cours d’élaboration. Les secteurs visés en priorité sont l’éducation, la culture, l’innovation et le développement économique. Le Plan Nord qui concerne 72% de la surface du Québec, soit deux fois la France, donnera la priorité aux relations économiques franco-québécoises.

Un rapide portrait du Québec montre que les quatre secteurs clés de l’économie québécoise sont l’aérospatiale, les sciences de la vie, les technologies de l’information et des communications et les technologies vertes.

Aérospatial :

Avec un chiffre d’affaires de 10,9 milliards de dollars canadiens en 2010, le secteur aérospatial représente à lui seul 55% de l’industrie canadienne. Il occupe 39 500 personnes réparties dans 225 entreprises. Les Québécois se plaisent à dire que « toutes les composantes pour construire un aéronef sont disponibles à l’intérieur de la région de Montréal ». Ils nous font au passage remarquer avec une pointe de fierté que même si ce fut longtemps le contraire, le dollar canadien est aujourd’hui plus fort que le dollar US.

Santé et biotechnologies :

Ce secteur représente au Québec 26 400 emplois au sein de 350 entreprises. Il occupe 13 000 chercheurs employés dans des centres de recherche publique. Toutes les étapes de développement d’un produit de ce secteur peuvent être réalisées sur place, ce qui est assez rare dans le monde pour devoir être signalé.

Technologies de l’information et des communications :
Avec pas moins de 7 782 entreprises qui emploient 131 400 personnes, ce secteur dégage un chiffre d’affaires de 35,4 milliards de dollars canadiens en 2010. Les centres de recherche et développement québécois ont une réputation mondiale. Les points forts sont l’édition de logiciels (350 entreprises, 6 100 emplois), le multimédia (550 entreprises, 12 500 emplois) et l’industrie optique, photonique et laser (plus de 100 entreprises, 3 700 emplois, et 1 milliard de dollars investis chaque année en R&D).

Technologies vertes :

L’expertise québécoise dans ce domaine est reconnue dans le monde entier. L’économie verte représente 34 300 emplois et 1 660 entreprises pour un chiffre d’affaires de 3,5 milliards de dollars canadiens. Les exportations qui atteignent un total de 298 millions de $ CA sont essentiellement dirigées vers les Etats-Unis (80 %). Dans le cadre d’initiatives conjointes décidées entre la France et le Québec, des groupes thématiques par secteurs économiques ont également été mis en place. Il s’agit des :

- Groupe Mines et métaux stratégiques sous l’égide du Bureau des ressources géologiques et minières (BRGM) de France et du Ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec ; - Groupe Energies renouvelables associant EDF Energies Nouvelles à Hydro-Québec ; - Groupe Aménagement numérique alliant le groupe français Orange au Québécois PROMPT.

Le « champ » d’application du Plan Nord comprend toute la partie septentrionale du Québec située au Nord du 49ème parallèle, soit 1,2 million de km2 ou encore 72 % de la surface totale du Québec. Cet immense territoire n’est habité que par 120 000 habitants, c’est à dire 1,6% de la population québécoise ! Une population jeune puisque 50% des habitants ont moins de 24 ans. Pour ceux qui ne le savaient pas (et j’en étais !), le Québec regroupe 32 communautés. 31 de ces communautés habitent sur le territoire concerné par le « Plan Nord ». Elles se répartissent au sein de 4 nations : Innuite, Crie, Innue et Naskapie.
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Les objectifs du Plan Nord visent à :

- « assurer le mieux-être et le développement des communautés ;

- mettre en valeur l’immense potentiel économique du Nord-Québecois ;

- rendre le Nord accessible ;

- veiller à la protection de l’environnement »

L’économie du Québec a l’importance de celle de la Suisse. Son potentiel minier est énorme ainsi que ses ressources forestières (plus de 200 000 km2 de forêt commerciale). Un accord de libre échange avec les Etats-Unis ainsi que des accords de réciprocité avec la France en matière de qualifications professionnelles en font un véritable Eldorado qui offre des opportunités d’affaires dans tous les secteurs (infrastructures, logements, espaces commerciaux, services sociaux, sécurité…). Son caractère sauvage en fait une destination touristique durable qui privilégie le tourisme d’aventure.

Energies vertes :

La mise en valeur du potentiel économique du Nord québécois passe par le développement énergétique. Au total, 25 milliards de dollars d’investissements sont prévus dans ce domaine, qui s’accompagneront de la création de 75 000 emplois. Près de 30 000 MW sont déjà installés sur le territoire couvert par le Plan Nord. La stratégie énergétique 2006-2015 prévoit la mise en place de 3 500 MW supplémentaires (3000 MW d’hydro-électricité, 300 MW d’énergie éolienne et 200 MW d’autres énergies renouvelables dont l’hydrolien). Ce plan vise à faire du Québec la première puissance mondiale en énergies propres. La filiale canadienne d’EDF EN a ainsi démarré la mise en place du plus grand parc éolien du Canada avec 175 mâts pour 350 MW sur un territoire de 154 km2. Le parc représente un investissement de 800 millions de dollars canadiens et sera mis en service en 2 temps, en 2014 et 2015. http://ameriquedunord.edf.com/activites/energies-renouvelables/canada-51683.html L’entreprise française Sabella Inc. travaille de son côté à un projet d’hydrolienne fluviale sur le Saint-Laurent qui sera opérationnel à l’été 2012. Alstom se dote d’un centre de technologie mondial en hydro-électricité à Sorel-Tracy. L’entreprise Demathieu et Bard effectue des travaux pour les lignes de transmission du complexe La Romaine (projet de barrage hydro-électrique délivrant 1550 MW conduit par Hydro-Québec sur la rivière Romaine, au nord de la municipalité de Havre-Saint-Pierre, sur la Côte-Nord) http://www.hydroquebec.com/romaine/projet/index.html D’autres projets sont proposés (couplage diesel/éolien, efficacité d’une hydrolienne en milieu nordique, développement de projets industriels non reliés au réseau principal, autres projets du plan stratégique établi par Hydro-Québec).

Extraction minière et respect de l’environnement :

Le Nord du Québec est généreusement pourvu en ressources minières (uranium, tungstène, métaux rares, nickel, fer, or, zinc, palladium, platine, diamants). L’exploitation de ces richesses se fera dans le cadre d’un développement minier orienté vers le développement durable. L’idée étant que les concessionnaires restituent le terrain dans l’état où ils l’ont trouvé. Le secteur minier québécois a généré près d’un milliard de dollars d’investissements en 2009. Il emploie aujourd’hui 34 000 personnes dont 10 000 sur le territoire du Plan Nord et 24 000 dans les autres régions. Onze nouveaux projets pour 8 milliards d’investissement et 4000 emplois sont d’ores et déjà prévus dans le cadre du Plan Nord. De leur côté, les investisseurs chinois sont déjà sur les dents !...

L’arbre ne cache plus la forêt !

Le milieu forestier revêt une importance capitale au Nord Québec, ce qui le rapproche indéniablement de la région Aquitaine. Plus de 50 % du bois récoltés au Québec provient de la forêt boréale située au nord du 49e parallèle. La forêt occupe 15 000 personnes. Les ressources faunistiques sont elles-aussi exceptionnelles (deux cheptels de caribous migrateurs, rivières à saumons de réputation mondiale…) Parmi les quatorze engagements pris par le gouvernement québécois, on trouve en bonne place le développement et la promotion de l’architecture nordique, l’implantation de nouvelles forêts de proximité, et le reboisement de landes forestières. Il projette aussi de mettre en place un programme de développement et de mise en valeur de la faune propre au milieu nordique (acquisition de connaissances, développements d’activités, participation des communautés). Bref, le territoire couvert par le Plan Nord est une destination particulièrement attractive pour les touristes en mal de destinations nouvelles et inexplorées. Le Québec nordique représente par ailleurs l’une des plus grandes réserves de terres arables d’Amérique du Nord avec pas moins de 1,5 millions d’hectares. A l’heure actuelle, le territoire cultivé sur l’ensemble du Québec représente 2 millions d’hectares.
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Autoroutes du Nord et développement durable :
Pour rendre le Nord du Québec accessible, un important programme intégré de développement des transports est prévu. Il portera tout particulièrement sur l’amélioration des aéroports nordiques et la construction ou la réfection de quatre routes majeures. Une deuxième ligne de chemin de fer doit être tracée. Des études sont par ailleurs conduites pour relier le Nord du 55e parallèle aux régions plus au Sud.

Si nos cousins québécois sont optimistes devant l’ampleur du chantier, c’est aussi parce qu’ils sont pleinement conscients de sa dimension environnementale. Ils savent que leur territoire est fragile et en changement, notamment au regard du réchauffement global dont les effets sont déjà perceptibles. C’est pourquoi ils font des principes du développement durable un préalable à chaque projet.

La Société du Plan Nord a pour mission de coordonner les investissements publics (infrastructures, domaine social, projets inscrits au premier plan d’action quinquennal), de négocier le montage financier des projets dont elle sera responsable, d’accompagner et d’appuyer les communautés locales et autochtones dans leurs propres projets de développement communautaire et social.

La création d’un Fonds du Plan Nord a été annoncée dans le budget 2011-2012 qui prévoit la réalisation du premier plan d’action quinquennal des investissements de 2,1 milliards de dollars canadiens. 1,2 milliard est destiné aux infrastructures, 382 millions à des mesures socio-économiques, 500 millions à des prises de participation confiées à Investissement Québec. C’est dans ce dernier « pot » que les entreprises étrangères, dont les aquitaines, vont pouvoir puiser afin de conduire des projets dans le cadre du Plan Nord. Difficile de finir ce tableau alléchant et largement inspiré de la présentation du 27 mars sans reprendre le jeu de mots qui la concluait :

Le développement du grand nord québécois : « une occasion en Nord !»

Plus d'information sur le plan Nord : http://www.plannord.gouv.qc.ca/mots/index.asp