Les pouvoirs publics n’ont de cesse de faire remarquer aux modestes citoyens que nous sommes qu’ils sont de gros producteurs de déchets et que malgré tout le mal qu’ils se donnent (mise en place du tri sélectif, recyclage…), notre environnement plus ou moins immédiat est de plus en plus menacé par l’amoncellement de nos rebuts… Ils n’ont pas franchement tort quant au diagnostic. La multiplication des décharges et les campagnes de sensibilisation au ramassage des déchets organisées sur le littoral en mars par la Surf Rider Foundation sont là pour nous le rappeler chaque année.
déchets plage2 Cet appel annuel au civisme, donc au bénévolat (comme si cela allait de pair et de soi …) ne représente pourtant qu’une goutte d’eau pure dans un océan de déchets, comme le montre la croissance des continents de plastiques qui envahissent les mers du globe et dont certains sont déjà grands comme le Texas. Les organisations écologistes telles que le WWF ou Greenpeace sonnent régulièrement l’alarme en nous montrant les images accablantes de ces grands mammifères marins, étouffés par les rejets de notre société de consommation, alors même que leur seule préoccupation est de survivre.

Eco-mmunication et Hyper-eco-hypocrisie…

La grande distribution s’est donnée bonne conscience en remplaçant une partie, et une partie seulement, des sacs plastiques non biodégradables par des sacs plus solides, plus chers mais réutilisables ventant la préoccupation de telle ou telle enseigne pour la protection de l’environnement. A l’intérieur de ces cabas du 21ème siècle, on trouve toute la gamme des emballages et suremballages, très souvent en plastique non recyclable, celui-là… Ainsi, tandis que le citoyen est appelé à défendre spontanément et de manière désintéressée son environnement, d’autres s’arrogent le droit d’en faire un produit marchand et de faire fructifier des germes de la prise de conscience naissante en menant des campagnes de communication d’une sincérité pour le moins douteuse…

Le plastique, c’est fantastique …

L’exemple des briques de jus de fruits ou des bouteilles de lait en plastique, parmi d’autres, est éloquent : plutôt qu’utiliser des bouteilles de verre (effectivement facilement recyclable, voire réutilisables) rangées dans des casiers, non pas recyclables mais bien réutilisables, on est passé au tout jetable… parfois recyclable (bouteilles et briques en matière plastique ou carton, solidarisées par demi-douzaines à l’aide d’un film plastique).

Certes le verre est cassant et pesant, mais dans ce cas, pourquoi la logique qui préside dans l’industrie laitière n’a-t-elle pas été appliquée à celle du vin, voire, dans une certaine mesure, à celle des jus de fruits ? Il semble pourtant bien qu’un système reposant sur la consigne et la réutilisation, comme cela existait au 20ème siècle en France et comme cela existe toujours chez nos voisins d’outre-Rhin, est bien moins coûteux sur le plan énergétique, et partant, en terme de dégagement de CO2…Dans ce cas précis, il reste à vérifier que l’innovation, tant encouragée par nos gouvernants, a bien été la source d’un réel progrès…

Pour mémoire, à l’intention des non-chimistes, le plastique est produit à partir de pétrole, denrée rare, dont la France est très gourmande tandis que le verre est issu de la silice (le sable) dont notre territoire est très largement doté…

Verre à cité …

Le recyclage du verre, tel qu’il est pratiqué en France, est également un sujet du plus grand intérêt. En effet, la collecte du verre, est comme chacun sait, organisée par le biais de conteneurs de couleur verte où chacun doit venir apporter son verre inutile. Outre le fait qu’il faut repérer ces conteneurs lorsque l’on réside ailleurs que chez soi et que le choix de leur emplacement n’obéit pas forcément à une règle connue de tous, ceux-ci sont régulièrement pleins à craquer de verre recyclable … ou non !...

Plutôt que nettoyer et réutiliser des récipients en verre déjà existant, on préfère, pour des raisons qui restent à éclaircir, qu’ils soient cassés, mélangés, re-fondus, re-moulés, re-vendus aux producteurs de denrées alimentaires ou de liquides et finalement re-vendus au consommateur. Tous les intermédiaires y gagnent, mais pas le consommateur-contribuable… ni l’environnement… Par ailleurs, l’éventuelle présence de verre blanc dans le verre recyclable fragilise celui-ci et rend le processus de recyclage caduc dans la mesure où le verre produit est fragilisé.

En Allemagne, par exemple, les points de collecte du verre (et d’autres emballages, comme les bouteilles en plastique, voire les cannettes métalliques) sont présents dans la plupart des grandes surfaces. Un automate récupère les bouteilles et les oriente vers les casiers appropriés qui seront ensuite acheminés vers le site de traitement ad hoc.

Le retour des sans-plastiques ?

Tandis que sur les marchés, les fruits et légumes, la boulangerie et les fromages sont systématiquement enveloppés dans du papier (recyclable), les supermarchés continuent à mettre à la disposition de leur clientèle docile des sachets plastiques qui se retrouvent inexorablement dans les déchetteries, quand ce n’est pas en pleine mer. Il est vrai qu’au passage, des emplois ont pu être supprimés, ce qui montre là- encore que la notion de « progrès » est relativement subjective. L’emballage du poisson est un sujet plus délicat pour lequel il est évident qu’un papier perméable n’est pas la bonne solution… L’utilisation d’emballages recyclables et imperméables de nouvelle génération trouverait ici toute son utilité. Même chose d’ailleurs pour nos bons vieux sacs poubelles en polyéthylène, qui, bien qu’ils soient proposés dans toute les tailles possibles et imaginables, le sont rarement dans une version environnement compatible…

Qu’attendent donc les pouvoirs publics pour voter ou simplement faire appliquer des lois qui mettent un terme à toute cette gabegie d’emballages et de suremballages, en interdisant purement et simplement l’usage des films plastiques quand une alternative viable existe ?

On peut aussi s’interroger avec légitimité sur l’efficacité d’éco-emballages sur ces questions, qui en 20 ans d’existence, n’a finalement pas induit de changements vraiment significatifs dans le domaine de la lutte contre le packaging en tant que source considérable de déchets et qui constate sur son site web que « plus d’un million de tonnes d’emballages en plastique sont mises sur le marché chaque année et seules 230 000 tonnes ont été recyclées en 2010 »