Lors de la récente Convention internationale des Energies marines renouvelables qui s’est tenue à Bordeaux les 11 et 12 janvier derniers, le cabinet d’ingénierie bordelais "Energie de la Lune“ a présenté le projet SEENEOH (Site expérimental estuarien national pour l’essai et l’optimisation d’hydroliennes).

De l’eau sous les ponts…

L’utilisation de la force motrice des cours d’eau pour produire de l’énergie mécanique n’est pas une nouveauté et les minotiers l’avaient bien compris, qui utilisaient celle-ci pour moudre leur grain. En revanche la production d’électricité à l’aide de cette même force en est toujours à ses balbutiements.

Le cabinet d’ingénierie Energies de la Lune est en pointe sur cette question et a réalisé en 2005 une étude du potentiel hydrolien sous le Pont de Pierre bordelais. Il a mis en évidence la possibilité de bénéficier à cet endroit de courants accélérés grâce à la marée (jusqu’à 3,5 m/s) et au fait que le couloir de passage de la Garonne se rétrécit d’un bon tiers au niveau du pont.

Le potentiel électrique estimé est de 4,8 GW/h annuel, pour une puissance de production installée de 1,2 MW. Ceci représenterait rien de moins que 20% de l’éclairage public de la ville ! La mise en place d’un site d’essai d’hydroliennes au niveau des arches 4, 5 et 6 du pont a par conséquent été étudiée par le Cabinet « Energie de la Lune ». Il faut savoir que très peu de sites existent actuellement pour l’essai des hydroliennes en France. Il y en a 5, dont un au large de Saint-Nazaire et un autre au Nord de l’Ile de Bréhat, en Bretagne. Le site SEENEOH serait le 1er site d’essai fluvial.

En 2009, le projet n’était pas encore avancé pour présenter un intérêt commercial. Il a depuis été intégré à L'institut D'Excellence pour les Énergies Décarbonnées.

Une position stratégique

Les atouts du site d’essai du Pont de Pierre résident notamment dans le fait que l’estuaire de la Gironde est un estuaire macrotidal qui enregistre des marées importantes avec 5,5 m de marnage. La différence de concentration des matières en suspension dans l’eau du fleuve en fonction des saisons intéresse particulièrement les développeurs d’hydroliennes puisque l’abrasivité de ces particules conditionne le choix des matériaux. Le site est par ailleurs bien connu et la production d’électricité aurait lieu au centre du besoin (en centre-ville), ce qui permettrait une faible longueur de câble pour son raccordement au réseau RTE (EDF). Les activités de trafic maritime et de pêche sont relativement réduites à cet endroit, bien qu’on y voie régulièrement passer des barges de transport des éléments de l’A380 d’Airbus. Des moyens de mise à l’eau existent à proximité (Port autonome) et des structures de communication scientifique et technique (CCSTI Cap Sciences, Maison éco-citoyenne) se trouvent à quelques centaines de mètres á peine, du futur site expérimental. Elles pourraient aisément rendre compte de ses activités. Autant de facteurs positifs qui convergent pour valider ce choix.

Bien que le marché mondial de l’hydrolien soit en train d’émerger, il affiche actuellement pléthore de technologies : pas moins de 96 qui se répartissent selon 3 segments : l’hydrolien fluvial (25%), l’hydrolien océanique (34%) et l’hydrolien mixte fluvial/océanique (41 %). Elles sont aussi très diverses dans leur principe : technologies d’hydroliennes à axe horizontal, vertical ou encore hydrofoils oscillants. Au total, ce sont 27 technologies qui seraient intéressées par des essais sur le site SEENEOH. Aussi une capacité de 3 raccordements simultanés est-elle envisagée pour les essais. Deux essais pour des technologies immergées pourraient se dérouler en même temps qu’un essai pour une technologie flottante. Le diamètre des hydroliennes testées ne devrait pas dépasser 5 mètres et pourraient délivrer jusqu’à 100 kW. Des protections anti-débris devront également être installées. Ce type d’embâcles est déjà utilisé au Canada (protection contre les blocs de glaces) et en Afrique (protection contre la macrofaune). __ Des infrastructures optimisées__

Concernant le dispositif d’essai proprement dit, il est prévu une plateforme de fixation qui puisse accueillir les différents démonstrateurs. Le soucis de simplifier la maintenance a conduit Energie de la Lune a envisager l’utilisation d’un bras télescopique. Le local technique de raccordement au réseau serait tout proche, adossé à la maison éco-citoyenne.

Les paramètres étudiés pendant les essais concerneront les performances de machines mais aussi le suivi de l’impact environnemental (érosion, sédimentation, acoustique, électromagnétisme), l’impact sur la faune pélagique et ornithologique. La moitié des partenaires du projet sont des partenaires locaux (l’entreprise béglaise Valorem est ainsi partenaire pour le raccordement au réseau et l’ingénierie du poste de livraison), l’autre moitié sont des instituts et entreprises spécialisées dans le domaine des énergies marines renouvelables. Le coût d’un essai est estimé à 160 000 euros /an. SEENEOH est le seul site qui propose une des essais en estuaire. D’autres sites d’essais océaniques sont opérationnels (EMEC en Ecosse, FOROE dans la baie de Fundy, un site en Norvège, le site EDF de Paimpol-Bréhat). Marc Lafosse, président du cabinet Energie de la Lune espère une mise en exploitation du site SEENEOH dès 2013.