Un véritable vent d’enthousiasme soufflait cet après-midi dans le Hall du Hangar 14 à Bordeaux, où se réunissait formellement pour la 1ère fois les principaux acteurs de la toute jeune filière des Energies Marines Renouvelables. Organisée sous les auspices de l’Etat par la Région Aquitaine en partenariat avec la Région Bretagne, la 1ère convention d’affaires internationale dédiée à la production d’électricité marine ou fluviale THETIS-EMR semble d’ores et déjà avoir dépassé le cap de ses espérances ! « On est dans les starting-blocks !.. On espère un appel d’offre pour bientôt !.. C’est une activité de niche mais une très belle niche !... Que de progrès accomplis en à peine cinq ans !... » telles sont quelques-unes des exclamations qu’a pu entendre l’auditoire nombreux dont une partie n’avait pu trouver à s’asseoir. Alors qu’ils viennent tout juste de répondre au 1er appel d’offre d’installation de parcs éoliens off-shore sur les côtes françaises, les poids lourds nationaux de la production d’électricité et de l’exploitation en mer (EDF, GDF-SUEZ, ALSTOM, DCNS, TECHNIP…) ont déjà les yeux tournés vers d’autres caps technologiques : ceux de l’hydrolien (turbines mues par la force des courants marins ou fluviaux) et du houlomoteur (dispositif flottant utilisant la force de la houle). Un enthousiasme partagé par d’autres industriels, les pôles de compétitivité et centres de recherche de la filière, les associations française et européenne des énergies renouvelables : au total, plusieurs centaines de participants dès cette première journée.

Le premier prototype d’hydrolienne en France a été immergé il y a quelques mois seulement (fin octobre 2011) sur le site d’essais breton de Paimpol – Bréhat. Un dispositif de 850 tonnes, d’une hauteur équivalant à celle d’un immeuble de 7 étages, avec une roue de 16 m de diamètre pour un poids de 110 tonnes et qui a dû être positionné sur les fonds marins avec une précision métrique. Un convertisseur d’énergie devrait lui être connecté à l’été 2012 et un raccordement au réseau devrait s’ensuivre, a expliqué Jean-Charles Galant, Chef de mission Développement de la Division Ingénierie et Production hydraulique d’EDF.

Les défis technologiques auxquels sont confrontés les ingénieurs de l’hydrolien ont été abondamment explicités. Un schéma présenté par Pilippe Gilson, Directeur des Energies Marines chez Alstom résumait assez clairement la problématique : un environnement constitué d’eau fortement salée et animée de mouvements puissants est le pire dont on puisse rêver pour installer un générateur électrique. Et pourtant, il faut que ce dernier soit extrêmement fiable et sécurisé pour que la maintenance, complexe et couteuse, soit limitée au strict minimum. Tout cela, en garantissant un coût de production d’électricité qui reste compatible avec le prix bas du marché français…

Une visite en bateau sur le site expérimental SEENEOH de Bordeaux, au pied du Pont de Pierre, était organisé après la pause déjeûner. Ce site situé entre les arches 4, 5 et 6 du pont doit devenir un banc d’essais en milieu naturel pour l’hydrolien fluvial, estuarien et océanique, comme l’a décrit Marc Lafosse, Président de la société bordelaise Energie de la Lune SAS.

Aux présentations un peu plus techniques de la matinée (prototypes, protocoles et centres d’essais, contraintes techniques et réglementaires liées au raccordement au réseau ERDF) ont succédé des conférences sur les enjeux et les perspectives industrielles dans le domaine des EMR.

Ainsi Jean-Yves Grandidier, Président de Valorem et Président du Cluster éolien aquitain a-t-il souligné la position naturellement privilégiée de la France, territoire « béni des dieux », pour la production d’énergie renouvelable puisqu’il dispose à la fois d’une importante ressource en bois, d’un ensoleillement et de régimes de vents favorables, ainsi que de surfaces maritimes étendues. L’Aquitaine dispose de surcroît du plus grand estuaire d’Europe et reste un marché potentiel important pour le développement de l’éolien terrestre, jouissant d’un « océan vert » (la forêt des Landes), où les éoliennes ne seraient ni vues, ni entendues... Il a de plus souligné la position géostratégique de notre pays au cœur de l’Europe, ce qui le met dans une situation idéale pour exporter un éventuel surplus sur le réseau européen. Il a également rappelé que l’acceptabilité sociale peut être significativement accrue lorsque l’implantation de nouveau dispositif s’appuie sur des fabrications locales génératrices d’emplois.

L’accent a été mis par les différents intervenants sur l’indispensable concertation en amont de l’implantation de ces nouveaux dispositifs (sous)-marins de production d’énergie. La bonne prise en compte de l’impact environnemental et de l’acceptabilité sociale permet d’obtenir le consensus et la légitimité politique sur lesquels peuvent ensuite s’appuyer de tels projets. Comme l’a résumé le Président de séance Hervé Moulinier, Président du Pôle Mer Bretagne, ce consensus une fois obtenu, est une garantie de fiabilité pour les engagements pris, et partant, une source de diminution du risque et des coûts supportés par les partenaires du projet. Plus d'infos : http://www.thetis-emr.com/

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